Fiscalité de la cession d’entreprise en 2026 : comprendre l’apport-cession (article 150-0 B ter)

La cession d’une entreprise est l’un des moments les plus sensibles du parcours patrimonial d’un dirigeant. Entre la plus-value à fiscaliser et la nécessité de réinvestir le capital, les choix faits dans les douze mois qui précèdent la vente peuvent représenter plusieurs centaines de milliers d’euros d’écart. L’un des dispositifs les plus puissants pour différer cette imposition s’appelle l’apport-cession, encadré par l’article 150-0 B ter du Code général des impôts. Souvent évoqué mais rarement bien compris, ce mécanisme mérite qu’on en décortique le fonctionnement.

Qu’est-ce que l’apport-cession ?

L’apport-cession est un dispositif fiscal qui permet à un dirigeant de reporter l’imposition de la plus-value réalisée lors de la cession de son entreprise, à condition de réinvestir une part significative du produit dans une activité économique.

Le principe repose sur une opération en deux temps : avant de vendre sa société opérationnelle, le dirigeant apporte ses titres à une holding qu’il contrôle. C’est ensuite cette holding qui cède les titres au repreneur. Parce que l’apport est considéré comme une opération intercalaire au plan fiscal, la plus-value constatée au moment de l’apport est placée en report d’imposition.

En pratique, l’impôt sur la plus-value — soit 30 % de flat tax (PFU), voire 34 % avec la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus — est gelé tant que certaines conditions sont respectées.

Comment fonctionne concrètement le dispositif ?

Le mécanisme suit une logique rigoureuse qu’il faut respecter pas à pas :

  • Étape 1 — Constitution de la holding : le dirigeant crée une société holding (souvent une SAS ou une SARL) qu’il contrôle directement, c’est-à-dire dont il détient plus de 50 % des droits de vote.
  • Étape 2 — Apport des titres : il apporte les titres de sa société opérationnelle à la holding. La plus-value latente est constatée, mais son imposition est reportée.
  • Étape 3 — Cession par la holding : la holding vend ensuite les titres au repreneur. Le produit de cession entre dans la trésorerie de la holding, sans taxation immédiate.

C’est cette trésorerie qui devra ensuite être réemployée selon des conditions précises, sous peine de déclencher rétroactivement l’imposition initialement reportée.

L’obligation de réemploi : la clause qui change tout

C’est ici que le dispositif devient exigeant. Si la holding cède les titres moins de trois ans après l’apport, elle est tenue de réemployer au moins 60 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles, dans un délai de deux ans.

Les réinvestissements éligibles couvrent principalement :

  • le financement d’une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière ;
  • l’acquisition d’une société opérationnelle (prise de contrôle) ;
  • la souscription au capital d’une société opérationnelle nouvelle ou existante ;
  • la souscription dans des FCPR, FPCI, SLP ou SCR fiscaux respectant un quota d’investissement dans des sociétés opérationnelles.

Attention : l’immobilier locatif classique, les placements financiers purs (SICAV, OPCVM), les SCPI de rendement ou les obligations ne sont pas éligibles. Ce sont des pièges fréquents pour les dirigeants qui pensent pouvoir « sécuriser » leur trésorerie dans des produits patrimoniaux traditionnels.

Passé le délai de trois ans entre l’apport et la cession, l’obligation de réemploi tombe et la holding dispose librement de sa trésorerie.

Exemple chiffré : une cession à 2 M€

Prenons un dirigeant qui cède son entreprise pour 2 000 000 €, avec un prix de revient fiscal de 100 000 €. La plus-value s’élève donc à 1 900 000 €.

Sans apport-cession : la plus-value est taxée au PFU de 30 %, soit 570 000 € d’impôt exigibles dès l’année de la cession. Le dirigeant perçoit donc 1 430 000 € nets.

Avec apport-cession : la plus-value est placée en report. Si la holding réinvestit au moins 1 200 000 € (60 % de 2 M€) dans des actifs éligibles sous deux ans, le report est maintenu. Les 800 000 € restants financent d’autres opérations (trésorerie, développement, acquisitions futures). Le gain de trésorerie immédiat est donc de 570 000 €, qui continue de capitaliser au sein de la holding.

Sur une durée de 10 ans et avec un rendement moyen de 5 %, cette somme « préservée » représente plus de 900 000 € supplémentaires — de quoi repenser l’échelle d’un projet patrimonial entier.

Les pièges à éviter

Trois erreurs fréquentes peuvent faire tomber le régime de report :

  • Le calendrier du réemploi : les 24 mois courent à compter de la cession par la holding, pas de l’apport. Un oubli ou un retard de quelques semaines peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros.
  • Le choix des supports de réinvestissement : confondre un actif patrimonial (SCPI, immobilier locatif) avec un actif économique éligible est l’erreur la plus courante. Seuls les véhicules adossés à de l’activité opérationnelle sont éligibles.
  • La revente des biens acquis : les actifs acquis en réemploi doivent être conservés au moins 24 mois. Une sortie anticipée remet en cause le report.

En cas de non-respect, l’administration fiscale rappelle l’impôt initialement reporté, majoré des intérêts de retard.

Pour qui ce dispositif est-il adapté ?

L’apport-cession s’adresse prioritairement aux dirigeants qui :

  • anticipent une cession de leur entreprise dans les 12 à 24 mois ;
  • souhaitent conserver une capacité d’investissement active plutôt que de sortir intégralement leurs capitaux ;
  • envisagent de poursuivre une activité entrepreneuriale ou d’investir dans d’autres PME/ETI.

Il est particulièrement pertinent dans le cadre d’une stratégie d’investissement en capital-investissement (private equity) ou de réinvestissement dans un secteur opérationnel. À l’inverse, un dirigeant qui souhaite liquider son patrimoine pour en faire un usage personnel (résidence, rente viagère, donation aux enfants) gagnera souvent à ne pas activer le dispositif, l’imposition immédiate permettant de sécuriser le net disponible.

La combinaison avec un pacte Dutreil de transmission ou une donation avant cession peut également démultiplier l’efficacité fiscale. Sur ces mécanismes complémentaires, nos articles dédiés à la mécanique de la holding et au choix IR ou IS pour une société apportent un éclairage utile.

En synthèse

L’apport-cession est un dispositif puissant mais exigeant. Il transforme une cession d’entreprise en véritable levier patrimonial — à condition d’anticiper la structuration au moins 12 mois avant la vente et de sécuriser les supports de réemploi. Mal géré, il peut devenir un piège coûteux ; bien structuré, il libère plusieurs centaines de milliers d’euros de capacité d’investissement.

Chez Garonne Patrimoine, nous accompagnons les dirigeants dans la structuration amont d’une cession, l’identification des supports éligibles et le pilotage post-opération.

Contactez dès à présent un conseiller en gestion de patrimoine afin d’être accompagné au mieux dans la structuration de votre cession.

garonne patrimoine dirigeant fondateur Nicolas Combes

Nicolas Combes

Fondateur de Garonne Patrimoine

Nicolas a décidé de fonder une entreprise de gestion de patrimoine à Toulouse pour accompagner les particuliers dans la gestion et l’optimisation de leurs investissements.

Son expertise repose sur deux masters, dont celui de l’AUREP, référence nationale en gestion de patrimoine. Fort d’une solide expérience internationale, acquise notamment au sein de cabinets prestigieux comme PricewaterhouseCoopers, Nicolas a également exercé dans la gestion de fortune, où il supervisait plusieurs centaines de millions d’euros d’encours.

Cette expérience lui permet aujourd’hui de proposer un accompagnement sur mesure, alliant rigueur institutionnelle et proximité humaine.

Nicolas et son équipe seront ravis de vous accueillir dans leurs bureaux à Toulouse, avec une magnifique vue sur les Pyrénées.

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