Rémunération d’un CGP : rétrocessions de commissions ou honoraires ? Comparatif 2026

Rémunération d’un CGP : rétrocessions de commissions ou honoraires ? Comparatif 2026

Un Conseiller en Gestion de Patrimoine (CGP) peut être rémunéré de deux manières distinctes, encadrées par la directive européenne MIF II depuis le 3 janvier 2018 : le modèle non indépendant (rétrocessions de commissions versées par les producteurs) et le modèle indépendant (honoraires facturés directement au client). Le statut choisi détermine la structure de rémunération, le niveau d’indépendance dans la sélection des produits et la transparence des coûts pour le client.

En France, environ 90 % des CGP exercent sous statut non indépendant selon les données de la Chambre Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine (CNCGP) et de l’ANACOFI. Cet article détaille les deux modèles, leurs barèmes typiques et leurs implications concrètes.

Le cadre réglementaire de la rémunération des CGP

La directive MIF II (Markets in Financial Instruments Directive II), transposée en droit français en 2018, impose à chaque CGP de déclarer son statut au client dans le Document d’Entrée en Relation (DER), dès le premier rendez-vous. Ce statut est mentionné aux côtés des immatriculations obligatoires :

  • ORIAS : registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance
  • CIF : Conseiller en Investissements Financiers (article L541-1 du Code monétaire et financier)
  • COA / COBSP : Courtier d’assurance / Courtier en opérations de banque et services de paiement
  • Carte T : pour l’activité de transactions immobilières (le cas échéant)

La supervision est assurée par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) pour les activités financières et l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) pour les activités d’assurance et bancaires.

Élément Statut non indépendant Statut indépendant
Rétrocessions de commissions Autorisées Interdites (à reverser au client si perçues)
Honoraires facturés au client Possibles (mixte) Obligatoires
Accès aux parts « clean shares » Non systématique Oui, fréquent
Mention dans le DER Obligatoire Obligatoire

Le modèle non indépendant : rétrocessions de commissions

Définition

Le CGP non indépendant perçoit une partie des frais payés par le client aux producteurs (compagnies d’assurance, sociétés de gestion de SCPI, asset managers). Ces rétrocessions sont versées par les partenaires (par exemple Spirica, AXA THEMA, Prépar-Vie, Iroko, Remake Asset Management, Corum, Sogenial, France Valley, Arkéa REIM) et constituent le mode de rémunération historique de la profession.

Le client ne reçoit aucune facture directe du CGP : la rémunération est intégrée dans les frais du produit souscrit.

Les sources de rétrocessions

  1. Frais sur versement (frais d’entrée) : sur assurance-vie, PER, ou souscription de SCPI/OPCI
  2. Frais de gestion annuels : pourcentage des encours, partagé entre le producteur et le CGP
  3. Frais d’arbitrage : sur opérations en cours de vie du contrat (rare en pratique)
  4. Commissions de mouvement : sur certaines opérations spécifiques

Barèmes typiques observés sur le marché français

Type de produit Frais totaux supportés par le client Part rétrocédée au CGP
Assurance-vie (frais sur versement) 0 % à 5 % 50 % à 100 % de ces frais
Assurance-vie (frais de gestion UC) 0,5 % à 1 % par an 0,3 % à 0,7 % par an
SCPI (frais de souscription) 8 % à 12 % 4 % à 6 % (étalés ou capitalisés)
PER assurantiel 0 % à 5 % sur versement 50 % à 100 % de ces frais
FCPR / Private Equity 2 % à 5 % de frais d’entrée 50 % à 80 %
Compte-titres / PEA conseillé 0,5 % à 1,5 % par an 0,3 % à 0,8 % par an

Avantages et limites

Avantages pour le client :

  • Pas de facture directe, accès au conseil sans débours immédiat
  • Modèle adapté aux patrimoines en construction
  • Suivi inclus dans les frais de gestion

Limites :

  • Risque théorique de biais dans la sélection des produits
  • Transparence sur le coût réel parfois perçue comme insuffisante
  • Le client paie sa rémunération via les frais courants du produit

Depuis MIF II, le CGP non indépendant doit rendre compte annuellement au client du montant total des rétrocessions perçues sur son dossier (rapport coûts et charges).

Le modèle indépendant : honoraires facturés au client

Définition

Le CGP indépendant ne peut percevoir aucune rétrocession. S’il en reçoit (par exemple sur un contrat ancien), il doit les restituer intégralement au client dans les meilleurs délais. Sa rémunération provient exclusivement des honoraires facturés directement, en contrepartie d’un mandat clairement défini.

Ce statut donne souvent accès à des « clean shares » : parts d’OPCVM ou contrats d’assurance-vie nets de rétrocessions, avec des frais de gestion réduits de 0,3 à 0,7 point.

Les modes de facturation

Mode de facturation Tarif indicatif marché Cas d’usage typique
Honoraires horaires 150 € à 300 € HT / heure Conseil ponctuel, question fiscale ciblée
Forfait par mission 1 500 € à 5 000 € HT Bilan patrimonial, optimisation successorale
Abonnement annuel 1 200 € à 6 000 € HT / an Suivi récurrent multi-thématiques
Pourcentage des encours (AUM) 0,5 % à 1,5 % par an Gestion conseillée significative (> 500 k€)
Honoraires de résultat 5 % à 15 % du gain Encadré, plus rare en CGP indépendant

Pour les missions complexes (transmission, expatriation, dirigeants d’entreprise), le forfait peut dépasser 10 000 € HT.

Avantages et limites

Avantages pour le client :

  • Transparence totale du coût du conseil
  • Sélection des produits sans biais de rétrocession
  • Accès aux parts « propres » à frais réduits
  • Honoraires potentiellement déductibles dans certains cadres professionnels (SCI à l’IS, holding patrimoniale, BIC/BNC selon l’objet)

Limites :

  • Modèle moins accessible pour les patrimoines en démarrage
  • Facturation perçue comme un frein psychologique
  • Nécessite un volume d’affaires suffisant côté CGP pour être viable

Tableau comparatif synthétique

Critère CGP non indépendant CGP indépendant
Part de marché en France (2024) ~90 % ~10 %
Origine de la rémunération Producteurs (rétrocessions) Client (honoraires)
Facture directe au client Non Oui
Accès aux clean shares Limité Généralisé
Transparence du coût total Reporting annuel obligatoire Devis et facture détaillés
Cible privilégiée Patrimoine en construction et établi Patrimoine établi, dirigeants, HNW
Déductibilité fiscale Non (intégré aux frais du produit) Possible selon le cadre juridique
Indépendance dans la sélection Encadrée par devoir de conseil Statutairement garantie

Quel modèle pour quel profil de client ?

Le modèle non indépendant convient à :

  • Un client qui débute la constitution de son patrimoine
  • Une stratégie centrée sur l’assurance-vie, le PER ou la SCPI
  • Un besoin de conseil intégré sans facturation perçue
  • Un patrimoine inférieur à environ 500 000 € d’actifs sous suivi

Le modèle indépendant est pertinent pour :

  • Un dirigeant ou profession libérale recherchant un conseil patrimonial 360°
  • Un patrimoine financier significatif (généralement > 500 000 € à 1 M€)
  • Une logique de mandat de conseil sur la durée
  • Un client sensible à la séparation stricte conseil / distribution

Certains cabinets pratiquent un modèle mixte sous statut non indépendant : honoraires sur le conseil amont (bilan, audit, ingénierie) et rétrocessions sur les produits souscrits. Cette pratique est légale dès lors qu’elle est transparente, mais elle interdit la qualification d’« indépendant » au sens MIF II.

FAQ — Rémunération d’un CGP

Combien gagne un CGP en moyenne ?

Un CGP indépendant établi en France réalise un chiffre d’affaires moyen compris entre 120 000 € et 350 000 € par an selon les enquêtes CNCGP et ANACOFI, avec une rémunération nette personnelle généralement comprise entre 60 000 € et 180 000 €. Les écarts sont importants selon l’ancienneté, la taille du portefeuille et le mix rétrocessions / honoraires.

Un CGP peut-il être à la fois indépendant et non indépendant ?

Non. Le statut MIF II s’applique au CGP dans sa globalité : il est soit indépendant, soit non indépendant. En revanche, un CGP non indépendant peut tout à fait facturer des honoraires en complément de rétrocessions, dès lors que c’est clairement présenté au client.

Les honoraires d’un CGP sont-ils déductibles fiscalement ?

Les honoraires sont déductibles lorsqu’ils sont engagés dans un cadre professionnel (BIC, BNC, IS) ou pour la gestion de revenus fonciers liés à une SCI à l’IS. Pour un particulier en patrimoine privé, ils ne sont pas déductibles de l’impôt sur le revenu.

Comment savoir si mon CGP est indépendant ou non ?

Cette information figure obligatoirement dans le Document d’Entrée en Relation (DER) remis au premier rendez-vous, et dans la convention de mandat. Elle est également vérifiable sur le registre ORIAS et, le cas échéant, sur le site de l’association professionnelle de rattachement (CNCGP, ANACOFI, La Compagnie des CGP).

Quels frais sont obligatoirement communiqués au client ?

Depuis MIF II, le CGP doit transmettre :

  1. Un rapport ex-ante avant souscription (estimation des coûts totaux)
  2. Un rapport ex-post annuel détaillant tous les frais effectivement supportés, incluant les rétrocessions perçues

Un CGP indépendant coûte-t-il plus cher au final ?

Pas nécessairement. L’accès aux clean shares (frais de gestion réduits de 0,3 à 0,7 point sur les unités de compte) compense souvent les honoraires sur le long terme, en particulier sur des encours significatifs. Une comparaison objective doit intégrer le coût total détenu sur la durée du placement (TER cumulé + honoraires), et non le seul tarif de conseil.

Quelles sont les principales associations professionnelles des CGP en France ?

Les trois principales sont la CNCGP (Chambre Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine), l’ANACOFI (Association Nationale des Conseils Financiers) et La Compagnie des CGP. L’adhésion à une association agréée par l’AMF est obligatoire pour exercer en tant que CIF.

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